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Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/31

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et qu’il redoutait de remuer des souvenirs d’où pouvaient encore émaner des maléfices. La réserve de Monsieur Pierfitte ne pouvait, faut-il l’avouer, qu’exciter ma curiosité. Comment accepter de ne rien savoir d’un mystique, métamorphosé par sa passion même et qui entre dans le cercle du noir enchanteur ?

Pendant longtemps, ces trois prêtres furent dans mon esprit une sorte de brouillard mystérieux. Ils flottaient devant moi aux parties les plus solitaires et les plus solennelles de la côte de Sion, surtout les jours où la brume l’enveloppe et l’isole. Ils m’attiraient. Pendant des années, dix, vingt ans peut-être, je me suis renseigné sur Quirin, sur le grand François, sur le fameux Léopold. Je m’étonnais que ce dernier ne fût mort qu’en 1883, et je cherchais à me souvenir si, enfant, je ne l’avais pas rencontré.

Bien que cette histoire se fût concentrée sur quelques lieues de terrain, mon enquête n’était pas aisée. La tradition orale s’efface vite, ne dépasse jamais le siècle, et dès maintenant c’est comme une mare d’indifférence qui s’est épaissie sur la mémoire des Baillard, aux lieux mêmes où ils ont le plus agi. À Flavigny, à Mattaincourt, à Sainte-Odile, il