Ouvrir le menu principal

Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/305

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


— Veuillez prendre cette croix de grâce chrématisée ; elle vous protégera personnellement, à l’heure de la grande catastrophe.

La vieille fille fit une atroce grimace :

— Merci, dit-elle, vous m’avez déjà donné un chapelet de saint Hubert qui ne m’a pas porté bonheur. Il ne m’a même pas préservé des mauvais locataires.

Pourtant elle ne lui tint pas rigueur. Quand il se leva pour partir, elle lui dit de prendre garde, que certaines planches pouvaient s’effondrer. Et le tenant par la main, elle le mena à travers les ténèbres sur une poutre dont elle était sûre et qui faisait comme un pont au-dessus du vide.

Quand Léopold, dans l’ombre, redescendit de Sion à Saxon, il fut longuement suivi, de la fenêtre du presbytère, par des yeux qui, durant des années, n’allaient perdre aucune de ses démarches. Les Baillard revenus sur la colline étaient plus que jamais sous la surveillance de la haute police de l’Oblat.

Dès le lendemain, la vie des trois frères fut réglée. Ils se mirent à courir le pays : Quirin pour placer des vins de Bourgogne, et François pour solliciter des assurances. Quant à Léopold, il se réservait le commerce des esprits célestes et des âmes. L’heure était