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Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/295

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deux aînés, à leur échange perpétuel de regrets et de désirs. Le bon M. Madrolle a mis libéralement à sa disposition une maison agréable avec un beau jardin de fruits et de légumes, et lui donne du vin à volonté. Il n’est pas à plaindre. Pourtant, lui aussi, il pense à Sion. La nature pour le façonner n’avait plus trouvé que très peu de la riche pâte dont elle avait fait Léopold et François, mais, plus mince, il est de la même farine et du même levain. Comme eux, il subit l’attrait de la colline ; il y veut voir leur fortune rétablie. Et que Léopold s’élance vers Sion, il abandonnera les petits avantages que M. Madrolle lui a ménagés, il accourra avec son inséparable sœur Quirin.

Un jour, en effet, le captif de Londres n’y tient plus. Il veut sortir du dur exil de son âme. Cette ville noire, confuse, inexistante pour lui, cette ville que son regard n’a jamais fixée, où son âme n’a rien puisé, il l’abandonne dans un coup de passion : il court vers sa montagne de Sion, claire, mélodieuse et vraie ; il déserte le lieu stérile et qui jamais ne produira pour lui de feuilles ni de fruits, et d’un tel élan qu’il ne calcule pas et qu’a peine débarqué en France, on l’arrête, on le jette en prison pour qu’il y purge sa condamnation…