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Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/29

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charrue avait passé sur des lieux consacrés par une vénération séculaire, se donnèrent pour tâche de relever la vieille Lorraine mystique et de ranimer les flammes qui brûlent sur ses sommets.

Si par une belle après-midi d’automne, sous notre ciel triste, je visite quelque ruine féodale, ou bien dans une église froide une pierre de tombe sculptée, je sens s’éveiller en moi toute une rumeur, le désir de savoir et l’émotion du mystère. C’est une pareille piété élargie, où se mêlent les plaisirs de la mélancolie, qui m’attire sur les quatre domaines où les Baillard ont porté leur grande passion de bâtisseurs. Flavigny et Mattaincourt, Sainte-Odile et Sion, quelles sonorités pour un historien ! Tous ces châteaux de l’âme, reconstruits au milieu des angoisses de la faillite par un mystique procédurier, donnent un sens aux divers cantons de ce petit pays et y fleurissent, au même titre que les burgs de jadis, comme des signes, comme des relais de l’activité de notre nation. Une volonté a marqué ici la terre ; un cachet s’est enfoncé dans la cire.

Ce que les Baillard imprimaient à la terre lorraine, c’était le caractère de leur âme fidèle à une double tradition, catholique et lorraine.