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Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/270

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Léopold s’était réfugié dans le grenier de Pierre Mayeur. Du haut de sa lucarne, bien caché, il vit revenir François. Dans quel état, grand Dieu ! Couvert de boue, il avait la tête nue, les mains liées derrière le dos ; le jeune Rouyer, fils d’Alexis et un valet de ferme, Antoine Mounier, le tenant chacun au collet, le poussaient en avant. Toute une troupe hurlante suivait. Deux dentellières marchaient sur le côté, l’une un brin de muguet aux lèvres, les yeux brillants, et l’autre plus excitée encore chantait. Parfois elles couraient par derrière pour lui piquer les mains avec les aiguilles qu’elles prenaient à leur corsage.

Là-haut, à sa lucarne, Léopold invisible et tremblant regardait toujours. François, qui devina sa présence plutôt qui il ne l’aperçut, détourna de lui ses yeux pour ne pas le trahir.

Il n’y eut dans tout le village que deux personnes pour défendre le martyr : Marie-Anne Sellier et une enfant de sept ans, la propre nièce des pontifes, qui jetait les hauts cris en appelant : « Mon Nonon ! mon Nonon ! » Elles furent brutalement repoussées, et la veuve courageuse jetée dans le ruisseau du chemin.

On mena François dans la maison commune, où trente à quarante personnes se