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Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/259

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Euphrasie, suivies de la Mouya, se glissèrent pour la première fois au dehors. Pressées par la faim, elles allaient à Lunéville, pour essayer d’y vendre aux religieuses du Bienheureux Pierre Fourier quelques ouvrages consacrés à leur saint fondateur et qu’on avait sauvés de la tourmente.

Le voyage en diligence, de Vézelise à Lunéville, n’alla pas sans incidents. On était au lendemain du coup d’État et la maréchaussée exerçait sur toutes les routes une surveillance rigoureuse. Dans la petite ville de Bayon, les sœurs furent arrêtées un instant par les gendarmes, parce qu’elles portaient des livres sans avoir une autorisation de colportage. Relâchées aussitôt, elles continuèrent leur route. À Lunéville, elles eurent la déception de ne pas trouver M. Navelet, sur qui elles comptaient pour leur donner l’hospitalité. Cet ami fidèle faisait en ce moment la menuiserie d’un château des environs, où sa femme l’avait suivi.

Les deux religieuses, bien en peine, se rendirent au couvent, accompagnées de leur chienne qui les attendit à la porte. Quand elles eurent expliqué qu’elles venaient de Sion la tourière s’en alla chercher la Mère Supérieure, qui leur dit, en écartant les livres,