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Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/253

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queue entre les jambes, la chienne Mouya fermait la marche. Où allaient-ils ? Leur faudrait-il passer la nuit à la belle étoile ? Pousser jusqu’à des villages lointains ? Comme ils arrivaient aux premières maisons, la bonne Marie-Anne Sellier sortit de sa demeure, la première que l’on trouve à droite, et comme autrefois la femme qui se précipita au-devant du Sauveur pour lui essuyer la face, elle courut à Léopold, et lui montrant la porte ouverte :

— Venez, Monsieur le Supérieur. Tant que Marie-Anne aura un toit et du pain, il ne sera pas dit que Léopold Baillard en aura manqué sur la sainte montagne.

Léopold prit rapidement congé des frères, qui continuèrent leur route, et des sœurs Lazarine et Marthe, qui furent recueillies un peu plus loin par des fidèles. Puis avec François, Euphrasie et Thérèse, il pénétra chez Marie-Anne. C’était justement l’heure où Notre-Seigneur expira, et le petit cercle descendit dans le tombeau de Saxon quelques minutes après trois heures.

Et pour clore la journée, là-haut, Bibi Cholion, traître aux Baillard et renégat, écrivait à la craie, sur la porte de la chapelle : « Fermé pour cause d’épizootie, conformément aux arrêtés impériaux sur les étables. »