Ouvrir le menu principal

Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/240

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


à cette minute, elle venait d’avoir la révélation de son état. Le voile de poésie, qui, jusqu’alors, lui avait caché les misères de sa situation, se déchira tout à coup ; elle se trouva face à face avec les rudesses de la vérité nue. Et se tournant vers Léopold, elle regarda avec épouvante l’homme fatal qui l’avait perdue.

Quand les Pontifes regagnèrent le couvent, ils rencontrèrent encore leurs persécutrices à la porte. Avec une précipitation forcenée, en quelques minutes, elles dégoisèrent les injures qu’elles avaient mis deux heures à chanter. Les Baillard n’avaient qu’une idée, s’abriter derrière leurs murailles. Ils y trouvèrent un hôte trop attendu, l’huissier de Vézelise, M. Libonom en personne. La Noire Marie n’avait pas perdu de temps ! Il venait signifier aux sœurs d’avoir à payer à Mlle Lhuillier le prix de l’acquisition du couvent sous trois jours, faute de quoi, ladite demoiselle saisirait leurs biens, meubles et immeubles.

Aussitôt, les frères Hubert et Martin coururent avertir les Enfants du Carmel et les convoquer pour la première heure du lendemain. Il s’agissait de sauver ce qu’on pourrait du mobilier et de répartir entre les dévoués du village les objets les plus précieux.