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Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/214

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d’autres, sous la domination d’une morne règle ; vous vous fussiez données à Baal. Je vous le dis : vous êtes les saintes femmes de Sion. Vous avez entendu insulter dans le Temple vos Pontifes. Eh bien ! les saintes femmes n’entendirent-elles pas insulter Jésus ? Elles ne l’abandonnèrent pas pour cela ; elles lui firent un rempart de leurs cœurs. Ah ! réjouissez-vous. Votre nom est connu dans le ciel et ne sera pas oublié jusqu’au jour où vous serez averties que l’heure est venue et qu’il faut vous parer, pour le repas céleste, de vos robes et de vos manteaux.

Jamais la poésie n’a épuisé plus complètement un thème sentimental, ni pénétré plus avant dans les cœurs que ne faisait ce poète baroque dans ces cœurs barbares. Toutes les femmes avaient les yeux baignés de pleurs qui coulaient sans arrêt de leurs yeux agrandis.

Le Prophète, après avoir longuement parlé, fit un mouvement de corps subit et violent, comme s’il tombait du ciel, et parut tout étonné de sa position. Il se signa et commença d’une voix plus douce un second discours sur le sacrifice, où il démontrait de quelle manière les Enfants du Carmel doivent se victimer, se sacrifier et détruire en eux-mêmes tous les faux prétextes de se soustraire