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Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/178

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quer l’église et le couvent. Ils se placèrent debout, les bras croisés, au fond de l’église. Sous le regard de ces trois pontifes, immenses dans leurs grands manteaux noirs à collet de velours et à triple pèlerine, et qui ne perdaient pas un seul de ses gestes, une seule de ses paroles, le jeune curé, non sans émotion, monta dans la chaire, et prit texte du mort qu’il avait administré la veille sous le porche pour célébrer les vertus de la charité. Il ne parla que d’indulgence et d’amour du prochain.

À la sortie, sur le plateau, les trois Baillard l’attendaient, et devant tous les paroissiens Léopold l’aborda :

— Je suis heureux, dit-il, d’offrir mes hommages et mes félicitations au jeune missionnaire qui a si bien débuté à Sion.

Mais l’Oblat, lui lançant un regard irrité, s’écria :

Vade retro, Satana ! Retire-toi Satan.

— Vraiment, répondit Léopold, est-ce donc là cet esprit de charité que vous recommandiez dans votre prône ?

Aussitôt des murmures désapprobateurs s’élevèrent contre l’Oblat, qui, sans se troubler, commença de se justifier en disant qu’il avait agi selon les paroles de saint Jean :