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Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/154

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de ses actes un peu importants, que ce fût le premier coup dans un tilleul ou la première tranche coupée dans un pain. C’est un état dont l’allégresse se traduirait par des hymnes, mais où il serait absurde de vouloir chercher des idées claires. À quoi songent des cultivateurs couchés à l’ombre d’une haie, auprès de leurs bouteilles vides, à l’heure rapide de la sieste, entre deux étapes d’un dur travail ? Et ceux-ci, religieuses, pauvres frères, villageois dévots, avaient reçu dans l’atmosphère des Baillard une véritable culture de la sentimentalité. Paysans et mystiques, ils étaient soumis, ouverts à plus d’influences de la terre et du ciel que nous n’en connaissons.

L’âme du travail, c’était Thérèse. Elle venait aux champs avec les autres, mais Léopold ne la laissait pas travailler, de peur de contrarier en elle la grâce de Dieu et de Marie. Et vraiment ses dispositions étaient merveilleuses pour saisir, sur le moindre indice, l’invisible à travers le visible. Elle écoutait avec amour la respiration paisible et presque insaisissable de la sainte colline, et savait donner aux choses les plus humbles une signification touchante. Voyait-elle jonchant le sol les branches coupées des tilleuls : « Les feuilles pourrissent, disait-elle, mais nous sommes les