Ouvrir le menu principal

Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/120

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


tout le peuple assemblé. Ce soir, comme je ne veux pas vous laisser dans une trop cruelle attente, et pour répondre à vos filiales impatiences, mes chers enfants, j’autorise notre cher et éloquent François à soulever un peu le voile.

Alors le grand François commença de dérouler, sous les yeux de ce petit cercle prédisposé à tout croire par le mysticisme et la détresse, le récit merveilleux de leur séjour à Tilly, un long chapitre de la Légende dorée ou des Mille et une Nuits, l’énumération des prodiges qu’ils venaient de voir au sanctuaire de Vintras : voix mystérieuses venues du ciel, hosties sanglantes et couvertes d’emblèmes apparues tout à coup sur l’autel, calices vides soudain remplis de vin, colombe qui venait se poser sur l’épaule du prophète et frôler du bec son oreille quand il parlait à ses disciples, parfum de lis, de rose et de violette envahissant le sanctuaire. Tous ces miracles, François les contait avec de beaux mots caressants et brillants, comme il y en a sur les images de piété, des mots qui sont de la poésie pour les chères sœurs et qui soulevaient leur étonnement et leur admiration, qui leur arrachaient des exclamations en patois et des remerciements à la Vierge. Puis, petit à petit, à me-