Ouvrir le menu principal

Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/118

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


là, avec leurs soutanes fatiguées, leurs robes à liserés bleus, leurs collerettes, leurs larges manches retroussées et leurs cornettes, font moins penser à des gens d’église qu’à des terriens de l’ancienne France. À leurs traits, à la rudesse de leurs manières, à la franchise salubre de leurs attitudes, on croirait voir un de ces tableaux où le grand artiste Le Nain peignait des paysans du dix-septième siècle, assis autour d’une table avec du vin et des femmes pour les servir.

Toutes ces religieuses semblaient avoir le même âge, une trentaine d’années environ. Déjà la vie avait usé leurs traits et fané chez elles toute beauté physique, mais dans le fond de leurs yeux demeurés jeunes on voyait la plus charmante simplicité rustique, une sensibilité douce et le désir de prévenir toutes les volontés de leurs prêtres. De fois à autre, l’une d’elles se levait pour aller prendre un plat sur le feu et pour remplir un pot de vin qu’elle versait dans les verres. On entendait crier sous les couteaux les larges miches de pain de ménage. Ils mangeaient grossièrement et fortement, en vrais ruraux ; ils eussent fourni à des citadins une impression un peu animale et comme d’un troupeau dont toute la beauté tient dans la santé et dans la robus-