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Page:Barine - Névrosés : Hoffmann, Quincey, Edgar Poe, G. de Nerval.djvu/74

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destinée parce qu’il offrait un « terrain » trop bien « préparé » aux passions maladives, alcool ou opium, absinthe ou morphine.

Il était devenu après la mort de sa sœur d’une sauvagerie d’animal malade. La maison de sa mère était située aux environs de Manchester, dans un isolement qui favorisait sa passion pour la solitude : « Tout le long du jour, dit-il, à moins d’impossibilité, je cherchais dans le jardin ou dans les champs voisins les coins les plus silencieux et les plus secrets. Le calme presque effrayant de certains midis d’été, lorsqu’il n’y a aucun vent, le silence fascinateur des après-midi gris, ou lourds de brouillard, agissaient sur moi comme les enchantements d’un magicien… Dieu parle à l’enfant par les rêves, et aussi par les oracles qui le guettent dans les ténèbres. Mais c’est surtout dans la solitude que Dieu entre avec l’enfant dans une communion que rien ne vient troubler. Tout homme arrive seul dans ce monde ; tout homme en sort seul. Le petit enfant lui-même sent d’instinct, avec effroi, que s’il était appelé à se rendre devant Dieu, il ne serait pas permis à sa bonne de le conduire doucement par la main, ni à sa mère de le porter dans ses bras, ni à sa petite sœur de partager son tremblement. Prêtre ou roi, jeune fille ou guerrier, philosophe ou enfant, chacun doit marcher seul dans ces avenues mystérieuses. La solitude qui, dans ce monde, épouvante ou fascine un cœur d’enfant, n’est que l’écho d’une solitude bien plus profonde à travers laquelle il a déjà passé, et d’une autre solitude plus profonde encore, à travers laquelle il aura à passer : réminiscence de l’une, pressentiment de l’autre[1]. »

Mme de Quincey ne faisait rien pour réconcilier avec

  1. The affliction of Childhood.