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Page:Barine - Névrosés : Hoffmann, Quincey, Edgar Poe, G. de Nerval.djvu/61

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Il est aussi auteur. Il a aussi beaucoup de fantaisie et d’humour, une manière à lui de plaisanter. Le public lit volontiers ses ouvrages ; il paraît que c’est bon et amusant ; moi, je ne m’y connais pas. Cette passion d’écrire a pourtant joué un vilain tour au pauvre cousin. Il a beau être très malade, la roue de l’imagination tourne toujours au galop dans sa tête ; il invente, invente, malgré toutes les souffrances. Mais quand il s’agit de faire prendre aux idées le chemin du papier, le méchant démon de la maladie a barré le passage. Non seulement la main refuse le service, mais les idées s’envolent, ce qui jette le cousin dans la plus noire mélancolie. »

Un ami va rendre visite au « cousin ». Il trouve ce pauvre petit sac-à-vin, encore plus ratatiné par la maladie, posé sur un fauteuil parmi des oreillers. L’invalide morose l’avait enveloppé dans une ample robe de chambre rapportée jadis de Varsovie. Il lui avait mis sur la tête un bonnet rouge qui avait vu sauter bien des bouchons et que tous les amis de Hoffmann connaissaient, et il l’avait roulé dans la fenêtre d’angle, d’où l’on découvrait la place du marché et son fourmillement. Le paralytique regardait la foule. Il faisait des conjectures sur les passants, leur état social, leur caractère, leurs idées, leur histoire, et se donnait ainsi l’illusion de mettre « son honorable cadavre » en communication avec la vie. D’après son ordre, on avait fixé sur un paravent, à portée de sa vue, une feuille de papier sur laquelle étaient tracés ces mots : Et si male nunc, non olim sic erit ! Et si cela va mal maintenant, cela ira mieux un jour. « Pauvre cousin ! » conclut Hoffmann.

Triste loque humaine, si piteuse à voir parce qu’elle avait quelque chose de risible à force d’être réduite à rien, fripée, recroquevillée, lamentable. La servante