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Page:Barine - Névrosés : Hoffmann, Quincey, Edgar Poe, G. de Nerval.djvu/36

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Kreisler ! — Kreisler ! — Garde à toi ! — Le vois-tu te guetter, le spectre pâle aux yeux rouges étincelants ? Le vois-tu sortir ses griffes de squelette de dessous ses haillons pour te saisir, en secouant sa couronne de paille sur son crâne chauve et poli ? — C’est la démence ! — Tiens-toi ferme, Jean ! — Comme tu me secoues, spectre irrité !… Comment fuir ?… Laisse-moi[1] ! »

D’après tout ce qui précède, la voie littéraire de Hoffmann était tracée au moment où il commença à écrire. Il ne pouvait guère faire que ce qu’il a fait.


III

Son œuvre est considérable. Elle forme douze volumes compacts, bien qu’on n’ait point recueilli les nombreux articles de critique musicale qui ne furent pour lui qu’un gagne-pain et qui n’offriraient d’intérêt — s’ils en offraient — qu’aux historiens de la musique. Parmi les ouvrages admis dans « l’édition complète », quelques-uns, où l’influence de Jean-Paul Richter est sensible dans le tour d’esprit et dans le style, ont été composés à la louange et en l’honneur de la déesse Ironie, prônée par les Schlegel. « Il aimait sur toutes choses, disait Hoffmann de lui-même, ce badinage qui naît d’une intuition profonde de l’être… Mais vous êtes des gens sérieux et distingués, et vous n’aimez pas la plaisanterie. » Un ou deux des douze volumes excusent en vérité les « gens sérieux et distingués » d’avoir boudé certaines plaisanteries d’Hoffmann. On

  1. Kreisleriana.