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Page:Barine - Névrosés : Hoffmann, Quincey, Edgar Poe, G. de Nerval.djvu/325

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texte et prodigua les banalités sur un canevas naturellement incolore ; le Prince des Sots[1], par Louis Ulbach, qui avait acheté je ne sais où, à je ne sais qui, à cause de corrections dont il avait reconnu l’écriture, un vieux cahier d’une autre main et ayant toute la mine de sortir de la hotte d’un chiffonnier. Ulbach l’imprima par « ambition de servir la renommée littéraire de Gérard », et en fut pour ses bonnes intentions.

Gérard de Nerval avait une certaine peine à perdre les articles de journaux écrits dans une salle de rédaction, sous l’œil du directeur et du metteur en pages. On croit cependant qu’il a réussi à en faire disparaître un nombre considérable, moyennant des ruses qui rappellent les parents du Petit Poucet menant perdre leurs enfants dans les bois. Il les mettait dans des feuilles inconnues, sous des signatures quelconques, et se frottait les mains à l’idée que personne n’irait jamais les y déterrer. Ce qui est arrivé en effet. L’ogre les a mangés, autrement dit l’oubli. Devant ce jeu de cache-cache perpétuel, on se demande pourquoi cet homme écrivait ?

Les articles signés de son nom, ou qu’on sait être de lui, sont tantôt de la critique et tantôt de la fantaisie. La critique de Gérard de Nerval, sauf les cas où l’amitié porte la parole, est toujours de la partie raisonnable de son esprit, et il se montre alors bien peu romantique dans ses admirations et ses préférences. Voltaire dramaturge lui paraît un grand méconnu : « Nous ne sommes pas, écrivait-il, de ceux qui font peu de cas du talent dramatique de Voltaire. Voltaire, avec un génie incontestable, a été une des victimes de la convention et du parti pris littéraire[2]. »

  1. — 1888, Calmann Lévy.
  2. L’Artiste, 13 juillet 1845.