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Page:Barine - Névrosés : Hoffmann, Quincey, Edgar Poe, G. de Nerval.djvu/314

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avec prétention des airs d’opéra et avait abandonné la dentelle ; elle était gantière. Le soir où Gérard de Nerval découvrit que Mlle Jenny Colon était Adrienne, il eut l’idée, pour « reprendre pied sur le réel », d’aller revoir son amie d’enfance. Il monta dans la patache de Senlis, arriva avant l’aube au bourg de Loisy, dont c’était la fête, et trouva Sylvie au bal. Sa figure était fatiguée. Des fleurs pendaient dans ses cheveux dénoués et sur les dentelles fripées de son corsage. Un gros dadais ébouriffé se tenait auprès d’elle. Dans la journée qui suivit, Gérard de Nerval l’emmena promener. Elle fit seller un âne, comme lorsqu’on va à Robinson, et dit en arrivant aux ruines de Châalis : — « C’est un paysage de Walter Scott, n’est-ce pas ? » Son compagnon tout déconfit mettait néanmoins en elle son espoir, parce qu’elle était « le réel ». Une première fois il se jeta à ses pieds, la suppliant de le sauver de « l’image vaine » qui traversait sa vie ; mais ils furent interrompus par les gros rires de deux paysans avinés dont l’un était le dadais du bal. Une seconde fois, dans un chemin désert, il essaya de lui parler de ce qu’il avait dans le cœur : — « Mais, dit-il, je ne sais pourquoi, je ne trouvais que des expressions vulgaires, ou bien tout à coup quelque phrase pompeuse de roman. » Une troisième fois, il fut encore empêché par quelque bagatelle, et il se tint alors pour averti : le sage n’essaie pas de réconcilier le rêve et la vie, de peur d’un heurt qui mette l’un et l’autre en pièces. Il remonta dans la patache et revint à Paris.

Le choc que sa prudence avait évité, d’imprudents amis l’amenèrent, en le présentant à l’actrice dont la contemplation lui suffisait. Les conséquences furent lamentables. Jenny Colon n’était ni meilleure ni pire que la plupart des princesses de la rampe. Cet amoureux transi qui se faisait gloire d’aimer en elle