Ouvrir le menu principal

Page:Barine - Névrosés : Hoffmann, Quincey, Edgar Poe, G. de Nerval.djvu/28

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


patriotisme naquit en un jour ; poètes et écrivains parlèrent aux vaincus, dans un langage enflammé, « de la nationalité allemande, d’une patrie commune à tous, de la réunion des races chrétiennes de la Germanie, de l’unité de l’Allemagne[1] », et la nation se leva en masse. Les folies romantiques et les paradoxes de salon s’évanouirent comme une fumée, cédant la place aux pensers graves et aux haines vigoureuses. Un souffle religieux passa sur les âmes : « La mauvaise fortune, dit encore Henri Heine, enseigne à prier, et vraiment jamais elle n’avait été si grande parmi nous, et par conséquent le peuple plus enclin qu’alors à la prière, à la religion, au christianisme. »

Quelques Allemands, et non des moindres, auxquels leurs compatriotes ne l’ont jamais pardonné, demeurèrent pourtant insensibles aux désastres de la patrie, étrangers au glorieux mouvement qui les suivit. Hoffmann fut du nombre ; il dépassa Goethe en indifférence, et ce ne fut pas sa faute si la bataille d’Iéna eut pour lui les conséquences les plus graves, si elle a été cause que nous possédons les Contes fantastiques.

Il avait été nommé « conseiller de régence » dans la ville de Varsovie, qui appartenait alors à la Prusse, et il y menait joyeuse vie avec une bande d’amis des arts et du plaisir. Ce n’était que concerts, théâtres, bals masqués, parties de campagne et de cabaret. La défaite d’Iéna trouva Hoffmann et ses compagnons ordinaires dans un ouragan d’amusements, et, chose incroyable si elle n’était affirmée par un témoin oculaire, ils n’en furent pas dérangés, n’eurent même pas la curiosité d’ouvrir un journal, jugeant impossible, à la distance où était Iéna, que le contre-coup des événements arrivât jusqu’à eux, et c’était tout ce qu’il

  1. Henri Heine, De l’Allemagne.