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Page:Barine - Névrosés : Hoffmann, Quincey, Edgar Poe, G. de Nerval.djvu/261

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altérée déjà et subissant dans son caractère une curieuse modification ; c’était une symétrie mystérieuse et solennelle, une uniformité émouvante, une correction magique dans ces ouvrages nouveaux. Pas une branche morte, pas une feuille desséchée ne se laissait apercevoir ; pas un caillou égaré, pas une motte de terre brune. L’eau cristalline glissait sur le granit lisse ou sur la mousse immaculée avec une acuité de ligne qui effarait l’œil et le ravissait en même temps. » L’ordre est encore plus parfait autour du Cottage Landor. La route est tapissée de gazon anglais, parfaitement uni et d’un vert éclatant : — « Pas un fragment de bois, pas un brin de branche morte. Les pierres qui autrefois obstruaient la voie avaient été soigneusement placées, non pas jetées, le long des deux côtés du chemin, de manière à en marquer le lit avec une sorte de précision négligée tout à fait pittoresque. » Cette route unique entre toutes les routes, où l’on ne trouverait même pas un « caillou égaré », mène à un jardin qui a des fleurs en pots et des trottoirs pour allées. Nous voilà loin du paysage à la Salvator Rosa de la Maison Usher.

Poe était déjà au fond de l’abîme lorsqu’il porta le Cottage Landor à une revue. En novembre 1848, il avait essayé de se suicider. — « Comment vous expliquer, écrivait-il à une amie après cette tentative, l’angoisse amère, amère, qui m’a torturé depuis que je vous ai quittée ? Vous avez vu, vous avez senti, l’agonie de désespoir avec laquelle je vous ai dit adieu, — vous vous rappelez mon air de profonde tristesse, — l’air que donne le pressentiment terrible, horrible, du Mal. En vérité, — en vérité, il me semblait que la mort approchait et m’enveloppait de son ombre… Je ne me rappelle plus rien nettement jusqu’à mon arrivée à Providence. Je me couchai, et je pleurai pendant