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Page:Barine - Névrosés : Hoffmann, Quincey, Edgar Poe, G. de Nerval.djvu/255

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« Ici, jadis, par une allée titanique de cyprès, j’errais avec mon âme ; j’errais sous les cyprès, avec Psyché, mon Âme… Notre entretien avait été sérieux et grave ; mais nos pensées, elles étaient paralysées et desséchées, nos souvenirs étaient traîtres et desséchés — car nous ne savions pas que le mois était Octobre et nous ne remarquions pas la nuit de l’année (ah ! la nuit de toutes les nuits de l’année !). »

L’étoile du matin se lève sur cet entretien, et sa lumière figure aux yeux du poète une aurore d’espérance. Il sent son cœur « encore jeune et vivace », il veut revivre, aimer, malgré l’effroi de son Âme, qui sait bien que tout est fini pour lui : « Ainsi je calmai Psyché et lui donnai un baiser, et je la tirai de son abattement, et je vainquis ses scrupules et son abattement ; et nous allâmes jusqu’à la fin de l’allée, mais là, nous fûmes arrêtés par la porte d’une tombe — par la porte d’une tombe avec une légende ; et je dis : Qu’y a-t-il d’écrit, douce sœur, sur la porte de cette tombe ?… Elle répondit : Ulalume ! Ulalume ! — C’est le caveau de ton Ulalume que tu as perdue !…

« Alors mon cœur devint de cendre et morne, comme les feuilles crispées et desséchées, — comme les feuilles qui étaient flétries et desséchées. Et je m’écriai : C’était sûrement la même nuit d’Octobre, cette nuit de l’an passé, où je voyageai, — je voyageai par ici, — où j’apportai ici un fardeau terrible ! Oh ! quel démon m’a ramené ici, justement cette nuit entre toutes les nuits de l’année. Je connais bien maintenant ce lac brumeux d’Aubert, — cette humide région de Weir, — je connais bien maintenant cet étang fangeux d’Auber, ces bois de Weir, hantés par les goules. »

Ulalume a été l’objet des jugements les plus divers. La pièce fut peu comprise en sa nouveauté ; elle devançait les temps du symbolisme et du mot imprécis à