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Page:Barine - Névrosés : Hoffmann, Quincey, Edgar Poe, G. de Nerval.djvu/220

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la presse et de la librairie ; et personne n’était tenté de rire d’elle. Un journaliste contait en ces termes leur première entrevue : « Nous apprîmes le retour de M. Poe (à New York) par la visite d’une dame qui s’annonça comme la mère de sa femme. Elle cherchait du travail pour lui, et elle s’excusa de sa démarche en nous apprenant qu’il était malade, sa femme complètement invalide et leur situation telle, que force lui était de prendre les choses sur elle. La physionomie de cette dame, imprégnée d’une véritable beauté par une expression de sainte vouée aux privations et aux tendresses douloureuses ; l’accent à la fois noble et désolé avec lequel elle plaidait sa cause ; ses manières, dont la distinction témoignait de jours plus heureux ; sa façon suppliante, mais digne, d’invoquer les droits et le talent de son fils : tout révélait au premier coup d’œil l’un de ces anges terrestres que les femmes savent être dans l’adversité. »

On donnerait une idée imparfaite des relations d’Edgar Poe avec la tante Clemm en se bornant à dire qu’il éprouvait pour elle de l’affection et de la reconnaissance. Il vénérait en sa personne une sorte de Providence universelle, à laquelle il fallait bien avoir recours dans toutes les circonstances de la vie, grandes ou petites, puisqu’elle avait le don, presque surnaturel aux yeux de son neveu, de se tirer des affreuses complications d’un monde évidemment mal fait, au moins pour les poètes romantiques. Absent, il lui soumettait par correspondance ses actes les plus insignifiants, comme à la sagesse souveraine, et on le sent un peu étonné, dans ses lettres, d’avoir osé prendre tout seul des responsabilités : « Il pleuvait très fort,… j’ai rencontré un homme qui vendait des parapluies, et j’en ai acheté un pour vingt-cinq sols. » Il a fait cette folie à cause de sa femme, qui l’accom-