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Page:Barine - Névrosés : Hoffmann, Quincey, Edgar Poe, G. de Nerval.djvu/208

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empruntés à de monstrueux cauchemars. Rappelez-vous l’épouvante de l’assassin, dans le Chat noir, lorsqu’il entend sortir du mur le miaulement du chat, muré par mégarde avec le cadavre : « — Une voix me répondit du fond de la tombe ! — une plainte, d’abord voilée et entrecoupée, comme le sanglotement d’un enfant, puis, bientôt, s’enflant en un cri prolongé, sonore et continu, tout à fait anormal et anti-humain, — un hurlement, — un glapissement, moitié horreur et moitié triomphe, — comme il peut en monter seulement de l’Enfer, — affreuse harmonie jaillissant à la fois de la gorge des damnés dans leurs tortures, et des démons exultant dans la damnation. » — Il en a d’un raffinement barbare. Rappelez-vous, dans la Chute de la maison Usher, ce frère qui a enterré sa sœur vivante, qui entend ses efforts pour briser sa bière, et qui reste cloué sur son siège par une peur au-dessus de la raison humaine. — Il en a aussi de grossiers, qui s’en prennent à nos nerfs, dans le Puits et le Pendule par exemple, où un condamné contemple d’un œil hébété l’acier tranchant qui s’abaisse sur sa poitrine avec la lenteur d’un poids d’horloge. Il en a d’oppressants et d’aigus, de fous, de surnaturels, et tous, dans tous les genres, sont insurpassables : — « Depuis Pascal peut-être, écrivait Barbey d’Aurevilly, il n’y eut jamais de génie plus épouvanté, plus livré aux affres de l’effroi et à ses mortelles agonies, que le génie panique qu’Edgar Poe ! »

La critique américaine lui reprochait d’avoir emprunté aux romantiques allemands le goût des histoires lugubres. Poe se défendait de s’être inspiré de n’importe qui et expliquait la tristesse de son œuvre par celle de son âme : « La vérité, disait-il, c’est qu’il n’y a pas un de ces récits — à une seule exception près — dans lequel un lettré puisse reconnaître les carac-