Ouvrir le menu principal

Page:Barine - Névrosés : Hoffmann, Quincey, Edgar Poe, G. de Nerval.djvu/149

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


prudemment dissimulé sa bibliothèque : « Au point du jour, un cri de triomphe : Eureka ! m’appelle dans sa chambre. Un instinct infaillible l’avait conduit droit aux livres, dont il avait déjà formé un amoncellement autour de lui. Le mieux relié de mes in-quarto gisait à terre sur un objet de literie, devant Quincey à plat ventre et en chemise… Il venait de découvrir un anachronisme très remarquable… La scène que j’avais sous les yeux me rappelait la Tentation de saint Antoine dans les toiles des maîtres hollandais[1]. »

Il mettait continuellement le feu en travaillant, au beau milieu de la nuit. C’était encore la faute de l’opium, qui lui causait de brusques sommeils. Il tombait le nez sur sa chandelle et la renversait. Tant mieux s’il l’éteignait du coup, sinon elle allumait « la neige ». Cela le réveillait, et son premier soin était de fermer sa porte à double tour, de peur qu’on n’eût l’idée d’éteindre le feu avec de l’eau : tout plutôt que de laisser mouiller ses papiers ! Il étouffait l’incendie avec sa garde-robe, quitte à avouer le lendemain qu’il ne pouvait pas quitter sa chambre faute de culottes.

Il commandait à la cuisine, sous prétexte que son estomac exigeait une nourriture spéciale, et il n’y avait pas de fin aux complications domestiques qui en résultaient. Une maîtresse de maison nous a conservé l’un des discours qu’il avait prononcés avec solennité devant ses casseroles : « Vu la dyspepsie qui afflige mon système et la possibilité de quelque trouble additionnel dans mon estomac, il se produirait des conséquences désastreuses incalculables, de nature à augmenter mon irritation nerveuse et à m’empêcher de vaquer à des affaires d’une importance capitale, si vous oubliiez de couper le mouton diagonalement,

  1. John Hill Burton, loc. cit.