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Page:Barine - Névrosés : Hoffmann, Quincey, Edgar Poe, G. de Nerval.djvu/113

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mort en face ; mais sachant, comme quelques-uns le savent, ce qu’est la vie humaine, qui de nous pourrait regarder la naissance en face sans frissonner[1] ? » La mort est le correctif de la naissance. Le troisième fantôme n’était bien qu’un fantôme, et nous fait sourire aujourd’hui, mais on le prenait alors quelquefois au sérieux. Il avait nom « la combustion spontanée », et pulvérisait les ivrognes, qui faisaient explosion : il n’en restait que quelques os. Rien ne prouvait que les mangeurs d’opium « n’éclatassent pas » tout aussi bien et même mieux que les alcooliques, et cette idée inspirait à Quincey un effroi salutaire.

Son corps était ravagé comme ses facultés. L’estomac était détruit, le foie malade. Il souffrait beaucoup et ne savait pas souffrir patiemment. Sa vie se passait dans les transes : peur de la folie, peur de la douleur physique, peur du prochain cauchemar, peur de brûler vif, et de toutes ces peurs, auxquelles se mêlait la pensée des siens, une tendresse inactive, mais non éteinte, pour sa femme et ses enfants, se forma une grande Peur, impérieuse et irrésistible, qui sauva ce qu’il restait encore à sauver de Thomas de Quincey. Elle lui cria : — Lève-toi et marche ! — et le paralytique fit un effort pour bouger.


IV

Chaque vice a son humeur particulière. Un ivrogne cesse de boire, il s’en porte mieux : le vin est bon enfant et ne garde pas rancune à qui lui est infidèle. Un morphinomane sevré brusquement de son poison

  1. Suspiria de profundis : Memorial Suspiria.