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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/48

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fille ce grand sujet de Dieu auquel il ne croyait plus ? Voulait-il, en laissant dormir à jamais la fibre religieuse dans son enfant, la faire davantage à son image, cette prétention de tout amour qui agit avec ce qu’il aime comme Dieu agit avec sa créature ? Craignait-il plutôt qu’en permettant à sa fille d’être chrétienne comme sa mère l’avait été, elle eût moins de tendresse pour un père qui n’eût pas partagé sa croyance ? Fut-il jaloux de ce Dieu, qui est aussi jaloux de ceux qui l’aiment ?

Mais, quoi qu’il pût être des motifs de cet homme chez lequel tout contractait un caractère de profondeur enflammée, Calixte grandit la tête dans la lumière humaine sans qu’une seule goutte de la lumière divine tombât sur ce front où pourtant on voyait une croix… Jusqu’à son âge de douze ans, elle sut moins de Dieu, de ses commandements, de son culte, que n’en savent la biche et la gazelle dans le fond des bois, lorsqu’une circonstance vint tout changer dans cette âme ignorante des choses divines et dut singulièrement troubler les plans de Jean Sombreval… ou ses rêves, s’il en faisait pour son enfant.

Il y avait déjà quelque temps que la Révolution était finie et que les émigrés avaient pu rentrer dans leur pays. Un de ceux qui rentrèrent le plus tard fut l’abbé Hugon, le par-