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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/75

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dans l’univers, mais qui n’en sont pas moins trop purs et trop beaux pour cette grossièreté de lumière, de bruit et d’éclat qu’on appelle la Gloire ! Ah ! ces détails, il faut les chercher dans la coupe d’éther où ils sont. On n’en peut retirer aucun de ce poème. On ne prend pas de la lumière entre ses doigts. On ne puise pas dans le creux de sa main le feu des étoiles. La première rêverie d’Eloa, qui sent s’éveiller sa pitié dans le paradis, quand on lui parle de cet Ange absent, parce qu’il est tombé et qu’on lui apprend

Qu’à présent il est sans diadème,

Qu’il gémit, qu’il est seul, que personne ne l’aime !

et sa descente du ciel vers les fascinantes vallées de misère qui l’attirent du fond de.la béatitude, et ce Satan, que la fierté du génie de Milton n’a pas fait si terrible que la tendresse de M. de Vigny, car la séduction est plus redoutable pour les cœurs purs que la révolte, ce Satan qui a en lui la beauté attristée, la suavité du mal et de la nuit, l’attrait des coupables mystères :

Je suis celui qu’on aime et qu’on ne connaît pas ! …

Et je donne des nuits qui consolent des jours !

Toutes ces choses, il faut les voir dans ce poème incroyable, que Raphaël essaierait peut-être de peindre, s’il revenait au monde, et où les traits pareils a ceux-ci tombent à travers des magnificences d’expressions radieuses, comme de blanches larmes divines :