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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/62

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M. Hugo, comme en Hegel il avait eu son philosophe, quoiqu’il y ait quelque chose de bien tonitruant dans la voix du poète, l’Antiquité, pourtant, qu’il a chantée, est une antiquité de seconde main saisie à travers la Renaissance ; une suite de tableaux splendides, mais incorrects aussi et versés (ce qui devient de plus en plus le faire poétique moderne) de toiles connues dans des vers !

Même dans les pièces de Zimzizimi ou du Sultan Mourad, où l’auteur se fait oriental avec une ampleur qui maigrit terriblement le grand Gœthe et réduit les poésies du Divan à un petit écrin d’anneaux, l’idée moderne, cette tyrannie de la pensée du poète, finit par arriver, amenant un ridicule qui, comme tout ce qui vient de M. Hugo, est énorme, car M. Hugo donne à tout, je ne dis pas de la grandeur (la grandeur étant une harmonie), mais de l’énormité. En effet, c’est dans Le Sultan Mourad que cet idéal des monstres heureux, ce Caligula du soleil qui a autant de crimes sur la conscience que d’escarboucles sur son caftan, rachète son âme devant la justice de Dieu pour avoir chassé les mouches de la plaie ouverte d’un cochon.

Le pourceau misérable et Dieu se regardèrent…

Un pourceau secouru pèse un monde opprimé ! …

De même encore, dans Le Crapaud, où l’auteur n’a pas de cesse qu’il n’ait éreinté une idée juste et rendu grotesque ce qui aurait pu être pathétique, vous reconnaissez la fausse pitié de l’humanitaire, qui confond tout dans l’anarchie de sa compassion : cet âne,