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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/50

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VII

Et maintenant en a-t-on assez et en veut-on encore ? Veut-on que nos citations se multiplient et aillent secouer dans leur silence prudent les amis du poète ? Nous ne pourrions continuer longtemps. La faculté première de M. Hugo, c’est l’infatigabilité. Il jette des vers comme une machine qui serait montée pour cela. Il y a là un mystère de mécanisme et non plus une question d’intelligence. Le vers sort de lui sans que la pensée y soit pour quelque chose. Il en sort abondant, pressé, nombreux, accablant, sous toutes les formes, dépliées ou repliées, tendues ou rompues, que peut prendre le vers. « Je suis celui que rien n’arrête », à dit M. Hugo, et c’est vrai !

Je suis celui que rien n’arrête,

Celui qui va,

Celui dont l’âme est toujours prête

A Jéhova ! Je suis le poète farouche,

L’homme devoir,

Le souffle des douleurs, la bouche

Du clairon noir ! Le songeur ailé, l’âpre athlète

Aux bras nerveux,

Et je traînerai la comète

Par les cheveux !