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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/40

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Pour être, ô profondeur ! devait être imparfaite.

Donc Dieu fit l’univers. (l’univers, être impondérable ! ! ! )

[ L’univers fit le mal.] L’être créé, paré du rayon baptismal,

En des temps dont nous seuls conservons la mémoire,

Planait dans la splendeur sur des ailes de gloire ;

Tout était chant, encens, flammes, éblouissement ;

L’être errait, aile d’or, dans un rayon charmant,

Et de tous les parfums tour à tour était l’hôte ;

Tout nageait, — tout volait. Or la première faute

Fut le premier poids.

C’est kilogrammatique !

Dieu sentit une douleur,

Le poids prit une forme, — et, comme l’oiseleur

Fuit emportant l’oiseau qui frissonne et qui lutte,

Il tomba, traînant l’ange après lui dans sa chute.

Le mal était fait. Puis tout alla s’aggravant,

Et l’éther devint l’air, et l’air devint le vent !

L’ange devint l’esprit, et l’esprit devint l’homme.

L’âme tomba, des maux multipliant la somme,

Dans la brute, dans l’arbre, et même au-dessous d’eux,

Dans le caillou pensif, cet aveugle hideux !

Êtres vils qu’à regret les anges énumèrent !

Et de tout cet amas des globes se formèrent,

Et derrière ces blocs naquit la sombre nuit.

Le mal, c’est la matière, Arbre noir, fatal fruit ! ! !

L’arbre noir, c’est l’intelligence qui a pensé, non ! mais exprimé ces bouffissures. Le fatal fruit, char­mant d’harmonie, ce sont de pareils vers. Certes, nous n’abaisserons ni la métaphysique, ni la logique, ni le sens commun, ni la langue française jusqu’à répondre à ces insanités ténébreuses. Nous les lais­serons passer ; seulement nous nous rangerons. Arrivé là de sa théogonie et de sa cosmogonie, le poète, le