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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/383

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Ce sont des rois, ce sont des reines,

Assis au milieu de leur cour !

Ce sont des villes si sereines,

Que dans la nuit il y fait jour ! On voit tout ce qui peut surprendre,

Des hommes de toutes couleurs,

Des oiseaux qui se laissent prendre

Avec la main comme des fleurs !

Ce sont là des vers pris aussi avec la main, comme les fleurs auxquelles ils ressemblent, tant ils sont faciles, d’une couleur exquise, d’un tour heureux et naturel. Aisance, simplicité, naturel, battements de cœur qu’on sent dans les vers du poète comme l’artère de la vie dans la gorge de l’oiseau, toutes choses que M. Pécontal possède plus que personne, mais auxquelles l’esprit de notre époque préfère le rhythme, tourmenté, poli, aiguisé, affiné, savant enfin et si souvent vide ; le rhythme, dernière expression de la beauté poétique, et que l’Imagination dégoûtée finira par rejeter, pour sa peine d’avoir rejeté l’âme, — comme le roi de Thulé jeta à la mer sa coupe épuisée, quand ses yeux mourants n’eurent plus de larmes pour la remplir !

IV

Ai-je donné une idée de M. Siméon Pécontal, de ce poète dans la légende, de ce poète dans la tradition, mais dans une tradition plus incertaine et plus lointaine ? En soi, la poésie n’y perd pas. Plus elle s’écarte