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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/378

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Je suis encore Œdipe appelant dans la nuit

Antigone, l’enfant dont la main le conduit !

Tout le poème de Volberg était de cette large étoffe, à plis tombants et profonds ! Excepté l’enjambement renouvelé de Ronsard, des vieux tours duquel on avait tiré une poétique, on ne trouvait pas dans le livre de M. Siméon Pécontal les affectations volontaires et systématiques des écoles d’alors. La pensée n’y était pas renversée par l’image comme dans la poésie de M. Victor Hugo, ou comme dans celle de M. de Lamartine, noyée et dissoute dans un sentiment énervé. M. Pécontal, malgré sa jeunesse, malgré les tremblements de la main, inévitables à tout début, malgré la portée d’un vol qui ne s’élève jamais jusqu’au zénith, mais qui sait planer à la distance où il s’élève, M. Pécontal avait des virilités de pensée qui annonçaient un poète de réploiement et de réflexion, — oiseau rare dans les temps actuels !

Et quand l’homme ici-bas dans son orgueil sommeille,

Le malheur a cela de grand qu’il le réveille !

………………………………………………………..

La fée aux ailes d’or mène le genre humain !

Et ce n’est pas toujours aux mêmes origines

Qu’elle prend ses héros et ses races divines.

Elle sait avec art varier leurs berceaux,

Elle trouve Moïse au milieu des roseaux.

… Bien souvent la déesse féconde

Fait éclore un hasard qui s’empare du monde !

Mais quand l’homme, lassé d’amuser ses deux yeux,

Scrute dans leurs berceaux ces hasards et ces dieux,

Toujours à l’examen le miracle s’envole…

Et toujours en riant on sort du Capitole !