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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/357

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but est de nous dérouler toute l’histoire, légendaire et poétique, du passé comme de l’avenir, car l’enchanteur Merlin, qui entre aux limbes, comme il entre partout, par la vertu de sa petite baguette de coudrier, n’a pas beaucoup de peine ni de mérite à nous prophétiser ce qui est de l’avenir pour lui, du temps du roi Arthur, et ce qui est du passé pour nous, Charlemagne, Hugues Capet, la Saint-Barthélemy, Louis XIV, la Révolution française, la tête coupée de Louis XVI, Robespierre et Napoléon. Cet énorme truc, qui est le fond même de toute l’épopée de M. Quinet, ne fera donc, comme ressource d’esprit ou d’art, illusion à personne. Je l’ai dit, mais il faut insister, puisque, pour une raison ou pour une autre, on vante une machine aussi grossière que ce poème, qui veut, à sa manière, être un Kosmos ! Seulement, ne vous y trompez pas, l’objet unique d’un pareil poème n’est pas de nous montrer, comme on pourrait le croire, dans un cadre colossal, les ombres chinoises ou les marionnettes historiques. Non ! M. Quinet n’est pas tout à fait aussi naïf, aussi innocent, aussi Perrault et Mme d’Aulnoy que cela !

Il y a encore autre chose… quelque chose de plus malin et de plus profond, mais non de plus nouveau que l’action de cette épopée puérile et rabâcheuse, et c’est sa signification philosophique, son enseignement, sous les marionnettes ; enfin son quatrième dessous ! M. Quinet, l’auteur de Merlin l’Enchanteur, a toujours, en sa qualité d’esprit allemand, été panthéiste ; son Dieu a toujours été « le Dieu inconnu du bon Merlin » qu’il appelle, ce bâtard d’un incube et d’une Sainte violée : « Le prophète des jours heureux dans