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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/332

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Comme cela rappelle, n’est-il pas vrai ? mais dans un ton aigre et écourté, ces beaux vers si largement phrasés et qui chantent dans toutes les mémoires :

Une mélancolique et piteuse chanson

Respirant la douleur, l’amour et la tristesse.

Mais l’accompagnement parle d’un autre ton :

Comme il est vif, joyeux ! avec quelle prestesse

Il sautille ! — On dirait que la chanson caresse

Et couvre de langueur le perfide instrument,

Tandis que l’air moqueur de l’accompagnement

Tourne en dérision la chanson elle-même !

Et semble la railler d’aller si tristement.

Tout cela cependant fait un plaisir extrême !

Et ailleurs dans la même pièce :

Ton amour inconstant flotte sans préférence

Du brun valet de pique au blond valet de cœur !

N’est-ce pas le même mouvement que :

Et qui n’a pas le temps de nouer sa ceinture

Entre l’amant du jour et celui de la nuit ?

Je pourrais pousser plus loin ces rapprochements qui se font si positivement écho, mais l’espace me manquerait, et je voudrais signaler encore le style de M. Mürger, aussi faible en poésie qu’en prose, c’est-à-dire beaucoup plus, puisqu’il l’est autant. C’est le style lâché, déboutonné, effiloché, bohême enfin, dans toute sa beauté de paillon et de haillon. Rien n’y tient ni ne s’y accorde. On y trouve des manières de parler comme celles-ci :