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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/331

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Tel est et tel ne cesse pas d’être, dans tout ce recueil d’ailleurs fort mince, l’amour poétique de M. Henri Mürger. Certainement Alfred de Musset, à qui on ne peut pas plus prendre sa Ninon et sa Ninette qu’Elvire à Lamartine et que Laure à Pétrarque, est derrière ces vers qui le reproduisent négligé, — plus négligé qu’il n’était, et il l’était déjà, — et misérablement pâli. Et tous ceux qui suivent, à l’exception de deux à trois pièces imitées, elles, de Béranger, vont le reproduire en l’affadissant et en le diminuant encore. Le Requiem, Madrigal, La Chanson de Musette,

Hier, en voyant une hirondelle

Qui nous ramenait le printemps,

Je me suis rappelé la belle

Qui m’aima quand elle eut le temps, etc.

La Chanson à Rose, Louise, Marguerite, Printanière, les Étrennes à ma cousine Angèle, Au balcon de Juliette, A Hélène, A une dame inconnue, les Petits Poèmes, Ultima Spes Mortuorum, Courtisane, Le Testament, la pièce qui a été le plus citée (j’ai nommé presque toutes les pièces du volume), seront tour à tour des calques plus ou moins indécis ou tremblés d’Alfred de Musset. Il y aura même des pièces, comme Le Requiem d’amour, par exemple, où la hantise du souvenir de de Musset sera tellement tenace, que ce souvenir poursuivra le poète, non-seulement dans l’image et dans la pensée, mais dans la pose, la coupe et l’allure de son vers !

Cette valse à deux temps qui me fit bien du mal ;

Le fifre au rire aigu raillait le violoncelle,

Qui pleurait sous l’archet ses notes de cristal.