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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/301

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Comment ne pas se rappeler, en lisant ces vers, la Baigneuse de M. Hugo, écrite en ce rhythme, ce petit chef-d’œuvre que Rubens signerait ? Seulement les deux pièces se ressemblent comme la lumière, irisant l’eau d’une source, ressemble à un empâtement de vermillon !

IV

Du reste, laissons la manière et voyons l’invention. Les personnes qui ont fait le succès de M. Victor de Laprade ont insisté sur sa manière, mais n’ont pas, selon nous, assez montré quel est le genre d’invention, bien incontestablement à lui, qui distingue (l’ennui n’est pas une distinction) parmi les autres poètes contemporains, ce lakiste, si spécial dans son lakisme, et qui est bien plus pour les montagnes que pour les lacs. Si nous nous permettions de créer des mots (peut-être le genre inventé par M. de Laprade forcera-t-il d’en créer plus tard), nous appellerions ce genre le montagnisme. Déjà la Critique bienveillante, qui s’enferre quelquefois elle-même sur sa propre bienveillance, a appelé M. de Laprade « le poète des sommets, » et en effet, si ce n’est pas encore le titre officiel, c’est le titre mérité de l’auteur des Idylles héroïques, qui devraient bien plutôt s’appeler les Idylles grimpantes : mais peut-être y a-t-il ici héroïsme à grimper. M. de Laprade aime à s’élever sur les montagnes, absolument comme M. Théodore de Banville