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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/30

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maison ? et quel style ! ), à quatre pages de là, le bucolique échauffé écrit la priapée qui commence par le vers :

Nous allions au verger cueillir des bigarreaux,

et qu’il faut renoncer à citer. Chose à noter, quand M. Hugo est franchement osé et physique dans son inspiration, le mot s’affermit sous la brutalité de l’idée, et il redevient l’écrivain grossier, haut en couleur, qui choque les natures élevées non moins que les natures sincères, mais qui a pourtant je ne sais quelle puissance. Malheureusement ou heureusement, comme on voudra, ce n’est pas même ce genre de talent qui domine dans le premier volume. Presque partout, le Jocrisse du fond, le Jocrisse fondamental, l’y emporte sur le Dorat libertin qui en brode la forme au tambour. Ce sont partout des petites choses innocentes et béates comme celles-ci :

Et partout nos regards lisent,

Et dans l’herbe et dans les nids ;

Des petites voix nous disent :

« Les aimants sont les bénis. » ou de petites choses prétentieuses, moins innocentes parce qu’elles sont fatigantes :

La nuit étale aux yeux ses pourpres et ses cuivres ;

Les arbres tout gonflés de parfums sont comme ivres ;

Les branches, dans leurs doux ébats,

Se jettent des oiseaux du bout de leurs raquettes ;

Le bourdon galonné fait aux roses coquettes

Des propositions tout bas