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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/26

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dans cette incroyable contemplation de fakir ! Pour faire pardonner aux hommes, naturellement railleurs, une occupation de cette nature, M. Hugo ne trouve rien de mieux que de leur persuader, dans sa préface, qu’il est leur miroir, et qu’en lui ils vont se reconnaître. « Ah ! insensé, dit-il, qui crois que je ne suis pas toi ! » Quelle finesse ! Nous citons textuellement ; mais à ce que nous allons montrer, vous allez voir que l’insensé n’est pas si bête !

Le volume d’Autrefois, dont les dates tiennent entre 1830 et 1843, est de ton et de fait un livre de jeunesse. Pour être publiés avec convenance et noblesse par des hommes sur le tard de la vie, les livres de jeunesse doivent promettre un bien grand génie ou attester une belle candeur. Est-ce ici le cas pour M. Hugo ? … Les pièces de ce volume, filles des quarts d’heure qui ont sonné à de longs intervalles, ont été écrites à peu près aux époques où M. Hugo publiait Les Orientales, Les Feuilles d’automne et tant d’autres poésies qui l’ont classé parmi les Lyriques et les Élégiaques. Pour cette raison, qui n’est pas la seule, du reste, il n’y a point à chercher dans le recueil actuel des effets nouveaux, des beautés patiemment obtenues par une étude sévère à soi-même, en deux mots, un Hugo inconnu dans le Hugo que nous connaissons. Ce serait en vain : il n’y en a pas. Nous revoyons le poète que la Critique lassée a tourné et retourné sous toutes les faces, ce fameux talent éclatant et pompeux à son centre, mais qui touche au gongorisme par une extrémité, et par l’autre à la platitude. D’organisation, M. Victor Hugo répugne tellement à la vérité, à la sincérité, à cette naïveté de l’inspiration qui ne se