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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/258

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Mais surtout que ce soit la main innocente d’un admirateur et d’un ami qui pousse un pareil miroir à poste fixe sous les yeux, voilà qui est d’une moralité spirituelle et que j’aime ! Si le poète, aveugle au buste, est aussi aveugle à la leçon, d’autres la comprendront pour lui. D’autres qui auraient été tentés de l’imiter peut-être comprendront mieux, en présence de cette violente et grossière image, les précautions et les délicatesses avec lesquelles on est tenu de traiter le talent, — cette voix qui se fausse si aisément, quand on en a.

II

Selon mes faibles lumières, M. Pierre Dupont en avait beaucoup… en puissance ; mais, quoi qu’il lui en reste encore, la Critique est cependant en droit de lui demander ce qu’il en a t’ait. Il est évident, pour qui lit son volume intitulé : Chansons et Poésies, qu’il aurait pu, s’il s’était écoulé avec attention et se fût religieusement conservé lui-même, briller parmi les affectés et les décadents de son époque, comme un talent aussi primitif et aussi naïf qu’il est loisible de l’être à cette male heure d’une civilisation décrépite. Et en effet, de génie spontané, d’impression première et même de nostalgie, de tête retournée vers les champs, M. Pierre Dupont se révèle bien de la double race, chaque jour plus effacée, et du laboureur et du pâtre. Seulement, si le Caïn n’a pas tué en