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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/252

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Le cœur trempé sept fois dans le néant divin !

Et c’était, hélas ! son symbole. Pour sept fois, je n’en sais absolument rien, mais poétiquement parlant, le cœur, le pectus de M. le Conte de L’Isle est trempé dans le néant ; ce peut être une situation aux Indes, mais pour nous qui sommes d’ici et qui avons la prétention de vivre encore, ce néant soi-disant divin ne vaut pas le plus humble degré de la vie que le poète se donne les tons de mépriser !

V

Ainsi, nous l’avons dit en commençant ce chapitre, le néant, le néant intérieur, voilà ce qui explique le voyage de M. le Conte de L’Isle aux Indes. Il y est allé conduit par l’instinct éveillé de la peinture et en passant par les ateliers, mais ce qui l’y a entraîné plus fort que la peinture elle-même, c’est le néant qui est en lui et qui lui faisait trouver sa vraie place dans le pays de l’anéantissement universel. « Dis-moi qui tu hantes, a dit le proverbe, et je te dirai qui tu es. » M. le Conte de L’Isle (du moins tout son livre en fait foi) appartient aux sceptiques du XIXe siècle. C’est un chrétien qui croit que le Christianisme, comme le Polythéisme, est une religion flambée. Il a écrit une pièce qu’il intitule assez irrévérencieusement le Nazaréen dans laquelle on lit des vers comme ceux-ci :