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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/234

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II

Mais le livre par lequel M. Poulet-Malassis, connu déjà, du reste, comme éditeur, débute dans l’édition de fantaisie, vaut-il littérairement la distinction qui en est faite et mérite-t-il vraiment cette remise en honneur d’un genre pimpant et hardi, que les vieux routiers de la vulgarité appelleront peut-être une témérité de jeune homme ? Les Odes funambulesques sont essentiellement un livre de fantaisie, mais la fantaisie du poète est-elle réellement digne des soins infinis, et nous allions presque dire des caresses de la fantaisie de l’éditeur ? … C’est un livre d’exception, d’individualité, et, pour employer un mot que l’auteur cite dans sa préface, de paroxisme poétique et cérébral. Mais l’individualité y est-elle puissante, l’exception heureuse, le paroxisme fécond ? La goutte d’ambre de l’édition va-t-elle nous conserver quelque organisation merveilleuse ? Sincère ou de parti pris, volontaire ou inspirée, la poésie des Odes funambulesques arrive-t-elle, n’importe à quel prix, à l’émotion et à l’illusion que toute poésie doit créer dans nos âmes ? … Les arabesques de Jean Goujon font rêver. La Chimère porte un sein de femme, et la poésie la moins humaine peut racheter le vide de son amphore par la pureté de son contour et les beautés de sa surface. Mais en est-il ainsi dans l’œuvre singulière et tourmentée que M. Malassis publie ? …