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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/226

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VII

Je l’ai déjà signalé à propos de ces Colifichets, cette poésie de langue et d’expression, — la seconde certainement dans la Hiérarchie poétique, car les Poésies ont leur hiérarchie, évidemment comme les Arts et les Sciences, — cette poésie, que M. Amédée Pommier vient d’élever à sa plus haute puissance, il ne l’a point inventée. Elle était avant lui, avant qu’il publiât son très-curieux livre des Colifichets. Des mains aussi puissantes que les siennes, pour ne pas dire plus, avaient touché ce frêle grelot du mot, du vers trisyllabique et même unisyllabique, et avaient éveillé tout un monde de concerts dans cette coque sonore. Rappelez-vous Les Djinns de M. Victor Hugo ! Rappelez-vous ces quelques chansons du Cromwell, — La Chanson du Fou, par exemple, — ces gouttes de rosée frémissantes, rouges du soir, qui suffisent pour noyer toute une tête humaine dans un infini de rêveries ! Et Alfred de Musset, ce Mignon de la Muse, n’avait-il pas joué à ce jeu de la rime amoureuse d’elle-même et qui, plus elle s’aime, plus elle se détache de la pensée ?

M. Amédée Pommier lui-même, avec ses Colifichets, était monté parfois aussi dans l’aérienne escarpolette, avait fait pivoter ces échecs, abattu ces quilles et reçu, en les croisant, ces deux volants sur sa raquette. Seulement, aujourd’hui, il a voulu faire