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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/223

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sous la pression magistrale, despotique et inspirée d’un très-grand artiste qui joue des mots comme Paganini du violon et qui, comme Paganini, joue sur une seule corde, car il fait des vers d’une seule syllabe dans des poëmes qui durent plus longtemps que l’exécution d’une sonate ; homme étonnant qui n’a besoin que d’une syllabe pour vous enchanter, si vous avez en vous écho de poète, — qui serait Liszt encore sur une épinette et Tulou dans un mirliton.

VI

Après le plaisir qu’elle a eu, la première chose que la Critique ressente en présence du livre de M. Amédée Pommier, c’est le plus grand des embarras, et voici pourquoi. Ce qui fait le mérite extraordinaire de l’auteur de ces poésies, c’est la longueur de chacune de celles dans lesquelles l’expression est arrivée à épuiser son dernier effort et à dévoiler son dernier mystère. Le poète des Colifichets, ce poète du mot, qui le hacherait volontiers pour en avoir moins et qui du dernier atome de ce mot haché tirerait je ne sais quel incroyable parti encore, ce poète du mot a une haleine, et cette haleine est le plus impétueux, le plus continu, le plus long et, quand il le veut, le plus majestueusement rassis des souffles.

Ce Joueur de rimes n’est pas un faiseur de tours de force qui fait son tour, pirouette et s’en va, comme