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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/210

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louer et à admirer dans le poème de M. Amédée Pommier. A l’élan des strophes et à la puissance de leur facture, on reconnaît tout d’abord un poète de la plus haute volée, tout à la fois ample et contenu, fougueux et correct. L’inspiration ne monte pas par degrés, comme une sève, dans l’œuvre de M. Pommier, mais s’y abat d’un vol rapide, comme l’aigle, dès les premiers vers. Voyez s’il y a beaucoup de poèmes dans la littérature moderne qui commencent avec ce nombre, cette vigueur de mouvement et cette majesté !

La grande échéance est venue ;

Les vastes cieux se sont ouverts ;

L’Agneau tient, du haut de la nue,

Les assises de l’univers.

Les clairons des archanges sonnent,

Les morts entendent et frissonnent,

Et tous leurs poils se hérissonnent

D’un subit épouvantement.

Le monde a passé comme un rêve !

Et la race d’Adam et d’Eve

De la poudre en sursaut se leve

Pour le suprême jugement. Dieu veut, et soudain s’effectue

La résurrection des morts,

Et la nature restitue

A chaque individu son corps.

Allons ! défunts, ouvrez vos bières !

Sus ! hâtons-nous ! que les poussières,

Couches d’humus des cimetières,

Soient encor des êtres vivants !

Et que le lieu qui la recèle Rende l’invisible parcelle

Qui, dans la masse universelle, Roulait au gré des quatre vents !