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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/21

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II

Tel est le fait que d’abord on doit constater. M. Victor Hugo, qui a posé devant la Critique depuis quarante ans dans toutes les attitudes, est trop connu pour qu’on s’amuse à caractériser un talent, gros d’ailleurs, grimaçant et sonore comme un masque, qui se voit aisément et de loin, et dont on ne perd rien, si loin qu’on en soit, parce qu’il manque profondément de finesse. Pour le résumer en quelques traits, c’était, dans le temps qu’il avait toute sa vitalité normale, un talent extérieur, riche en mots, qui remuait puissamment la langue à la condition de la troubler, et qui y laissait un profond sillage, justement parce qu’il l’avait beaucoup troublée. C’était le trompe-l’œil d’une facture matérielle que l’on croit supérieure parce qu’elle est très-compliquée et dont le procédé fondamental, j’oserai dire le procédé maniaque, soit en vers, soit en prose, soit en poésie lyrique, soit dans le drame, soit dans le roman, n’est rien de plus cependant qu’une antithèse, — l’opposition de deux images ! Comme il y a toujours de l’âme dans quelqu’un, si peu qu’il y en ait, M. Hugo en avait parfois des élans entre deux antithèses, mais on peut dire avec vérité que c’était surtout par le verbe et le rhythme qu’il avait fait sa voie et élevé sa fortune. Le poète des Contemplations est le Ronsard du XIXe siècle, un Ronsard en second, chef, comme