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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/208

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enrichi le vaste trésor de ses terreurs. L’enfer de feu, dans son intensité dévorante et les cent mille formes de son dévorement, aurait gagné en sublimité de désolation, si, par exemple, l’absence de lumière et l’invisibilité des uns pour les autres avaient été dans la sensation des damnés.

Et ce n’est pas tout. Dans le poème de M. Pommier, dans cette vision du dernier jour et de l’Éternité, Jésus-Christ, qui, par sa double nature d’homme et de Dieu, est de plein droit l’arbitre agréable et agréé du genre humain entre son Père et nous, Jésus-Christ n’apparaît pas assez. Il n’intervient point, et littérairement c’est une faute. Il n’est pas permis de décapiter les assises du genre humain de leur juge naturel qui doit appliquer aux âmes des hommes leur propre jurisprudence d’ici-bas. Il y avait les plus hautes relations et les plus magnifiques analogies à tirer de la fonction du juge suprême exercée par Celui qui a parcouru tous les rangs de l’humanité, depuis le fils de roi jusqu’à l’esclave qui lave les pieds et le condamné mis en croix, et qui, pendant dix-huit ans de sa vie mortelle, fut charpentier comme Noé et comme Salomon, ces préparateurs figuratifs de l’arche de salut. Ces relations et ces analogies, sur lesquelles nous n’insisterons pas, mais que nous avons voulu indiquer à un poète qui nous comprendra, on les regrette dans le poème de M. Pommier, dont la gloire aurait été de n’avoir point d’épisodes et de compter plus de quinze cents vers !

En effet, le livre de M. Amédée Pommier est trop mâle pour s’occuper beaucoup des historiettes de l’individualité humaine. Il laisse cela au terrible