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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/189

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de ceux-là qui aiment la poésie, et on ne peut l’aimer maintenant qu’avec désespoir.

M. Joséphin Soulary l’aime certainement pour elle-même. C’est un artiste qui voit l’œuvre avant tout, ne pensant qu’après à la gloire, et c’est déjà une fière distinction à une époque où l’on donnerait toutes les beautés du génie pour quelque argent et quelque bruit… C’est déjà assez humouristique, cela, de la part de l’auteur des sonnets qui portent ce nom ! Sonnets humouristiques ! alliance de mots qui frappe et qui engage ! car l’Humour, c’est la fantaisie même dans ce qu’elle a de plus libre et de plus capricieux, et c’est, de plus, la fantaisie malade, ajoutant au caprice de sa nature le caprice de sa maladie ! Et le Sonnet, au contraire, c’est la règle inflexible, le rhythme sévère et circonscrit, l’anneau infrangible et enchanté, passé au pied divin de la Muse pour qu’elle ne s’envole pas et qu’on puisse mieux juger de la grâce et de la longueur de ses ailes !

Oui, voilà l’Humour et voilà le Sonnet, dans leur essence à tous les deux ! Réunies, ou plutôt versées l’une dans l’autre, l’une l’Humour, c’est la faculté la plus opposée à la forme qu’elle emploie, et l’autre, à son tour, le Sonnet, est la forme la plus résistante à la faculté qu’il embrasse. Cristal de dimension étroite, le Sonnet humouristique, composé d’un petit nombre de facettes d’une géométrie régulière, doit donc allier à ce qu’il y a de plus rigoureux dans le langage ce qu’il y a de plus ondoyant dans la pensée ! Et ne vous récriez pas ! Je sais, comme vous, que dans toute poésie, quelle qu’en soit la forme ou l’étendue, il y a une lutte secrète entre l’infini du sentiment qui