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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/173

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La Fileuse et l’enfant, que les âmes tendres et chrétiennes diront divine. Elle est trop longue pour être citée tout entière, mais elle a toutes ses strophes dans ce goût, ce mouvement et ce rhythme charmant :

J’appris à chanter en allant à l’école,

Les enfants joyeux aiment tant les chansons !

Ils vont les crier au passereau qui vole.

Au nuage, au vent, et………….. La vieille fileuse, à son rouet penchée,

Ouvrait ma jeune âme avec sa vieille voix.

……………………………………………………..

Elle allait, chantant d’une voix affaiblie,

Mêlant la pensée au lin qu’elle allongeait,

Courbée au travail comme un pommier qui plie,

Oubliant son corps où l’âme se délie.

Moi, j’ai retenu tout ce qu’elle songeait. Ne passez jamais devant l’humble chapelle

Sans y rafraîchir les rayons de vos yeux.

Pour vous éclairer, c’est Dieu qui vous appelle,

Son nom dit le monde à l’enfant qui l’épèle,

Et c’est, sans mourir, une visite aux cieux. Ce nom, comme un feu, mûrira vos pensées,

Semblable au soleil qui mûrit les blés d’or,

Vous en formerez des gerbes enlacées

Pour les mettre un jour sous vos têtes lassées

Comme un faible oiseau qui chante et qui s’endort ! N’ouvrez pas votre aile aux gloires défendues,

De tous les lointains juge-t-on la couleur ?

Les voix sans écho sont les mieux entendues.

Dieu tient dans sa main les clefs qu’on croit perdues

De tous les secrètes lui seul sait la valeur.