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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/152

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dans le talent, car il ne l’aurait plus, s’il avait pu la perdre et si les mauvaises ardeurs de la vie avaient pu jamais la sécher !

Après cela, on comprendra sans doute le genre de génie qui sourit dans le livre, tout à la fois riant et mélancolique, que M. Roger de Beauvoir vient de publier. On comprendra jusqu’au titre même du recueil, ce titre de « Colombes et Couleuvres » qui n’est pas là une vaine opposition d’idées, mais l’antithèse atrocement moqueuse de la vie — l’amour et la haine, la calomnie et l’innocence, les nectars et les poisons. Le poète l’explique à la première page, et déjà vous sentez, dès ces premiers vers, sous la suavité du coloris, les deux forces de sa poésie, le touchant regard en arrière de sa rêverie et la palpitation contenue de son émotion :

Tu voudrais savoir pourquoi sous ce titre

J’accouple mes chants……………………..

………………………………………………

Ma vie a deux parts, amis, dans mes œuvres :

Son printemps, doux nids de fleurs et d’oiseaux,

Odorant jardin exempt de couleuvres,

Luth caché dans l’ombre au sein des roseaux. L’autre part n’est plus si belle et si douce ;

J’expie en ce jour les bonheurs passés ;

Mes ramiers n’ont plus de pentes de mousse

Où poser leurs pieds meurtris et glacés ! Leur colombier froid est ouvert aux bises :

Leurs printemps sont morts. Plus de gai réveil !

On les voit errer sur les dalles grises

Où l’aspic près d’eux se chauffe au soleil !