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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/143

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tout, est le lieu où il a chuté, et cela a été, pour un poète comme il l’était, tomber assez bas que d’y descendre ! Parti du Joseph Delorme, de ce livre d’intensité, qui trancha même sur les autres publications d’une époque qui avait de la vie jusque sous les ongles, dont elle se servait pour combattre, M. Sainte-Beuve, romantique de la première heure, aurait dû, s’il avait continué d’aller vaillamment dans le sens de sa jeunesse, monter au plus haut dans l’outrance de ses facultés et de sa manière.

Au lieu de cela, il est descendu sur le coteau modéré, non de la poésie, qui n’a, elle, qu’un sommet de la pointe duquel, disaient les Grecs, un cheval ailé s’élance dans l’azur, mais de la littérature savante, éloquente et prudente. A mi-côte du romantisme d’autrefois et de la vieille tradition classique, confessée aux pieds de Boileau, jadis insulté, M. Sainte-Beuve, devenu académicien, comme Alfred de Musset, l’auteur de la Ballade à la lune, astre romantique qui, malgré sa mélancolie, a dû un peu rire en voyant cela, M. Sainte-Beuve a planté son fauteuil d’Académie sur son « coteau modéré » pour s’y chauffer au petit soleil de trois heures et demie, comme on se chauffe à la petite Provence, quand, dans la vie, ou est à six heures du soir !

Lui, l’auteur des Rayons jaunes et du Suicide, il a fait des vers dix-septième siècle qui sont des flatteries pour M. Villemain, et pour M. Patin, des camaraderies. Critique, érudit, anecdotier, professeur de professeurs, sachant du grec autant qu’homme de France, il a fait jusque de l’André Chénier qui déjà imitait les autres ! Il a archaïsé cet archaïsant. Il a été un